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Piacenza

Vous pouvez suivre nos déplacements en direct, ici :

Avant toutes choses, il semblerait qu’il y ait un souci sur l’envoi du mail aux followers quand il y a un nouveau post. Certains d’entre vous le reçoivent, d’autres non. Bref, pour faire simple, allez jeter un œil régulièrement sur le blog.

 

Nous nous sommes donc arrêtés un jour et demi à Vercelli. Très belle ville. De beaux bâtiments. Un chouette vieux centre ville. Tout respire la quiétude. Je m’attendais a retrouver de l’exubérance hispanique, mais pas du tout. Ça roule tranquille sur les routes, pas de coup de klaxon, ça s’écarte plus ou moins pour nous laisser passer. En terrasse, les gens vivent leur meilleure vie. On a l’impression que tout le monde est en vacances. Pas de stress. Des grands sourires. Trop cool les Italiens.

Par contre après Vercelli, nous reprenons notre route qui reste aussi monotone qu’une rando dans la Marne. La signalisation de la Via Francigena a quasi disparue. À Robbio, pas d’hôtel, pas de B&B, il n’y a que 5 places en accueil pèlerins à la Mairie. Quand j’ai voulu réserver deux jours avant, c’était complet. On se décide donc à faire du camping sauvage en périphérie de la ville, à côté du cimetière et d’un robinet d’eau. J’aime pas trop faire du sauvage en périphérie de ville, tu ne sais jamais trop ce qui peut t’arriver. C’est beaucoup plus sûr d’être au milieu des bois. Bref, après avoir pris un apéro des costauds et avalé une plâtré de pâtes, on attend 20h pour monter la tente en se bagarrant avec les moustiques. On est sale comme des porcs, on colle de sueur. On s’allonge sur nos matelas, la porte de la tente grande ouverte car il fait encore 29°C (et oui, la moustiquaire est fermée, on n’est pas complètement cons…) La nuit commence à tomber, bim les spots électriques du cimetière qui s’allument, pile poil sur la tente. Pas compris l’intérêt de phares pareils à l’entrée d’un cimetière, peut être pour éviter le camping sauvage… Cinq minutes après un chien nous dispute le territoire en nous aboyant dessus comme un dingue. Son maître, partisan de l’éducation positive apparemment, met des plombes pour le récupérer. 21h, c’est une fête foraine qui se met en route. Enfin, c’est ce que je croyais au vu du volume sonore. Musique a fond, style « les demons de minuit » mais en italien, klaxonne, pouet pouet. L’enfer. Après réflexion, on s’est dit que ça devait plutôt être une course de nuit. Reveil le lendemain a 6h30, on démonte la tente rapidos pour passer inaperçu. Finalement, on n’a pas si mal dormi mais j’aime mieux dormir dans les bois quand même.

 

Le lendemain, c’est enfin le dernier jour de cette semaine caniculaire. On marche encore sous ce soleil brûlant et cette fois sans aucun arbre. Ils ont dû ouvrir les vannes pour irriguer les rizières, car oui, c’est bien du riz qui pousse ici partout. Bref chaleur + humidité = bonjour les moustiques. Journée compliquée on a presque hâte que la pluie arrive. Ce soir on est en chambre d’hôtes, chez Brigitte. Une petite mamie qui vit seule avec son chat de 17 ans. Elle m’explique en anglais que pour une fois, le félin ne se sauve pas devant des étrangers. Au début, je prends ça comme une marque de confiance, l’instinct animal qui ne trompe pas quand il se trouve devant des humains aussi intègres. C’est quand j’ai vu que Brigitte était au bord des larmes que je comprends que la pauvre bête vit certainement ses dernières heures et n’a plus la force de se lever pour se cacher sous un meuble. Bref, je croise les doigts pour que le chat ne passe pas l’arme à gauche durant la nuit.

 ne peut pas nous qualifier de causeux… De fait, quand on rencontre des pèlerins, on se contente généralement d’un franc et courtois « buon giorno » et on déteste quand le dit pèlerin répond par « good morning ». On évite tant qu’on peut les habituels échanges du Camino qui invariablement ressemble à ça :

1: Bonjour, vous venez d’où ?

2: Vous avez commencé où ?

3: Vous allez jusqu’à Rome ? (Car oui, beaucoup font le périple sur plusieurs séjours et donc plusieurs années. Donc tout le monde ne va pas jusqu’à Rome… En fait, presque personne ne va jusqu’à Rome en une fois)

4: il fait chaud, non ?

5: Ahlala, c’est fatiguant. Vous aussi vous avez mal aux pieds ?

6: voilà, voilà…

Or donc, en arrivant sur Pavie, trois pèlerins pin pin se dessinent à l’horizon. Deux hommes développant une allure de marathonien et une femme qui trotine derrière en peinant un peu. Ils rient et parlent fort. Ils se rapprochent. Zut, ils sont français. Je vous fais un rapide champs lexical de leur conversation : découvert bancaire de 5 millions, placement opportun avant le brexit, euronext, sicav, action, beau frère médecin qui se fait 10 000€ par mois mais interdit bancaire car sa femme crame tout. Pierrot me murmure « surtout ne parle pas, on va essayer de passer à travers les gouttes ». Les marcheurs nous rattrapent. Le premier arrive à ma hauteur.

  • your feet are ok ? (Il est con lui, il commence par la question 5)
  • Euuuuh, … Ye …. Yes, ok.

Il doit se dire, elle est un peu con celle là, je vais essayer avec le chevelu de devant. Il arrive donc à la hauteur de Pierrot

  • where do you come from ? ( Ah ben, voilà, question 1)
  • Euuuuh, Courmayeur
  • No, no, where do you come from ? The country ?
  • Oui, bon ça va … We are french.

Moi ça m’a fait rire.

 

Une journée de repos a Pavie. On passe la matinée à faire un petit tour de ville et l’après midi, on lézarde dans le canapé. Les tendons, les dessous du pied, les chevilles, tout est douloureux. Pierrot crève ses diverses ampoules.

On commence à préparer les étapes suivantes et on se dit que faire un stop de 2 jours 3 nuits à Piacenza peut nous faire le plus grand bien. Tout coûte une blinde dans cette ville. Idée de génie pour financer l’hébergement qui est hors budget, on décide de faire les trois prochaines nuits en sauvage pour financer un petit appartement à 310€ pour 3 nuits à Piacenza. De toute façon les moines sur la route ne répondent ni au téléphone ni a nos mails quand on demande asile. Saloperie de prières qui les distraient de l’essentiel.

 

Erreur de débutant, en début de séjour, on a replié la tente humide et elle est restée telle qu’elle durant des jours. De fait, elle sent depuis la pisse de chat. Si on ajoute à ça, cette période de trois nuits en camping sauvage et donc, sans douche ; les journées de marche sous 30° encore aujourd’hui ; autant dire qu’on sent bien le clébard.

 

Ciao les Sfigati !

Pas grand chose dans la bourriche aujourd’hui… Peut-être à cause d’un gros coup de moins bien, survenu juste après le dernier article, et dont je n’ai pas spécialement envie de parler.

Néanmoins, par souci de professionnalisme, par respect pour ce Blog et ses 4 ou 5 lecteurs assidus, je vais essayer de revivre par la plume ces douloureux moments…

 

Ambush de la Vieille Salope où l’on constate qu’une fois encore, sa perfidie n’a pas de limite

Or, donc, le 8 septembre, sur une étape assez courte, la Vieille Salope a dévoilé ses batteries. (Notez le champ lexical militaire, cette fois-ci…) Dans un précédent voyage, j’avais utilisé celui du match de boxe… Reprenons le 2 minutes pour présenter les adversaires :

Dans le coin droit, présente depuis 20 ans sur le ring, elle a liquidé l’arbitre dès le premier round, ses jabs sont dévastateurs, ses uppercuts ravageurs, et ses crochets mortels ; coriace, perverse, mesquine et tricheuse : la Viiiieeeeiiiilllllle SaaaaalllLLLOOOOOOOPE !!!!

  • Et dans le coin gauche, 1m56 pour 92 kg : Pieeeeerrrrrrot !
  • Heuuu… Je peux savoir ce que tu fous dans ma chronique Béa ?
  • Hi hi hi !!! Je mets un peu d’humour ! Rapport à ta taille et ton bidou… Tu vois ?
  • Ha… Ha… Hilarant… Vraiment… Je suis fan… Tu devrais faire le Djamel C.C…
  • C’est bon les sarcasmes ! Dorénavant tu te masseras les pieds tout seul !
  • C’est ça, c’est ça… Reprenons…

Bon… Heu… Hé hé hé… Excusez là, elle est un peu fébrile en ce moment…

Donc voilà, les présentations, c’est bon.

Et donc le 8 septembre, la Vieille Salope est sortie d’un fourré, sans tambour ni trompette, au Km 7, et a mitraillé au jugé… Feu nourri… Une vieille saloperie automatique, crache la Kalach…

Et là, j’ai perdu ma force.

Plus de jus. Fourmis dans les mains, les pieds, les jambes.

Je me suis dit : mais qu’est-ce qu’elle fout cette conne ? Elle devrait bien savoir qu’elle n’a aucune chance. J’ai toujours tenu au mental, et je tiendrai encore…

Sauf que…

Sauf que…

Cette salope avait bien préparé son coup. Cette fois-ci, il n’y avait pas que les traditionnelles douleurs musculaires, tendineuses, nerveuses, et la perte de puissance. Il y avait aussi la chaleur, et les pieds ! (Cf. article précédent).

Mais non ! Elle ne m’aura pas comme ça ! Je titube… Je boitouille… Sous un enfer calorifique, trempé de sueur, les pieds en feu, ma force partie, mes extrémités fourmillantes, je marche… Un pas, puis un autre, puis un autre, puis un autre, mal, mal, faible, faible… Mais je marche… Elle croit quoi… Elle m’aura pas… Chaud… Mal… Faible… Faible, mais trop fort pour toi Vieille Salope !

Et là !!!!!

PAN !!!!

Arghhh ! Elle m’a eu !

C’est quoi cette fulgurance sous le talon ! Une nouvelle douleur ! Celle de trop ! Celle qui fait basculer le mental du côté obscur…

La mine antipersonel du pauvre : l’ampoule sous le talon !

À ce moment là, je n’y crois plus. Trop de douleurs. Trop de mal-être. Ma légèreté habituelle s’envole. Mon humour optimiste disparaît. Je sombre. Je me tais. Je baisse la tête. Et je marche encore… Non par fierté, non par orgueil, non parce que je ne m’avoue pas vaincu, mais parce qu’il n’y a pas le choix. Nous sommes au milieu de rien, sous le cagnard ! Je marche. Abattu. Silencieux. Vaincu.

10, 11, 12, 13 km… Plus que 3… Affreux…

Je ne sais plus comment nous sommes arrivés chez la Vieille au chat con (Brigitte de Mortara). Mais nous y sommes arrivés.

Je ne sais pas comment j’ai sorti la tête du trou, mais je l’ai finalement sortie. Enfin… J’ai peut-être une petite idée… Liste à puce :

  • Un soutien sans faille de Capitaine Femme
  • Un apéro dinatoire terrible
  • Un petit massage des pieds

 

Et voilà ! Retourne derrière tes lignes Vieille Salope ! Et ne t’avise pas de revenir ! On t’attend de pied ferme (aïe), Béa, le vin de Toscane, et moi !

 

Et pour rester dans le gore surréaliste et le contextuel, une petite galerie de pieds, à la demande de Chandoux. N.B. l’ampoule du talon n’y figure pas (tout de suite cachée sous une double peau, elle se devinera à la disparition de cette dernière).

 

Pour terminer tout de même sur une note plus légère :

 

Nos interactions avec les autres Pélerins où l’on apprend que les Terr’Ailleurs sont de plus en plus asociaux

 

Nous sommes amenés à croiser parfois d’autres Pélerins (souvent pas plus authentiques que nous), comme Béa l’évoquait plus haut. Mis à part le fait que leur vie nous indiffère totalement, excepté le fait que toute possibilité de conversation avec eux nous est odieuse, il peut être parfois amusant de les observer.

Ainsi, je remarquais que nous étions régulièrement la Tortue du Fabuliste quand eux étaient les Lièvres. Ils nous dépassent plusieurs fois, mais nous finissons toujours par aller plus loin qu’eux…

En outre, on remarque facilement à la minceur de leur bagage qu’ils ne voyagent pas en autonomie, mais de gîte en gîte, sans possibilité de faire à manger. De plus ils ne marchent qu’une semaine ou deux, tronçonnant la Via Francigena en plusieurs parties à faire sur plusieurs années.

C’est pourquoi je les appelle des PDF (Pélerins à Dévotion Faiblarde). Et comme chacun le sait, les PDF, c’est de la daube !

Cette van ne s’adressant qu’aux geek (lire plus haut : les PDF, c’est de l’Adobe), j’en profiterai pour leur signaler que mon serveur Discord : « Geeks et Jeux d’émos » est toujours en activité. Avec prochainement une animation sur le code Python. Et toujours en ligne la pétition pour que le Klingon soit proposé sur Babbel.

Hé hé hé… Voilà voilà… Qapla’ !!!

 

Le jeu du Kikoraladoubleupohuzé

Les soluces :

  • Devinette 1 : Dans la grande plaine piémontaise, et lombarde,  ?pousse du RIZ.
  • Devinette 2 : Cet arbuste est « l’arbre du clergé ».
  • Devinette 3 : BD : nous étions en Gaston et Fantasio bien sûr.

 

  • Devinette 4 : la référence était claire pour tous, mais en VO, point de « maître du monde » (ce qui fait un peu : méchant de dessin animé…), mais un King of the word. Je voulais donc du Roi ! Bravo Raph !

Les nouvelles devinettes  :

  1. Du botanique, encore ! Comment s’appelle ce végétal ?

 

  1. Quel est le rapport entre le célèbre constructeur italien Fiat, et la tristement célèbre Vieille Salope ?

 

Challenges :

Suzanne et Madeleine : cette fois-ci, j’ai choisi en fonction de la couleur. Une glace bleue improbable au goût de biscuit et une mauve pétante dénommée Dragon.

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7 commentaires sur “Piacenza”

  1. Je ne voudrais pas minimiser l intensité des ampoules, mais pour moi la pire photo est celle des moustiques sur le sac à dos 😱. En tout cas, bravo pour le terrassement de la grosse salope à coup d odeur de fennec mouillé. Bel esprit d équipe pour une lutte collective plus forte que tout. A vous lire, je repense à un épisode atroce de turista dans un hôtel sordide au Belize avec chiotte turc sur le palier (dommage je n ai pas de photo 😵‍💫). Je me suis dit quand c était fini que ce qui ne tue pas nous rend plus fort. Alors bravo pour ces derniers km jusqu’à Brigitte qui valent un bac+15.
    Prenez soin de vous. Biz

    1. Ohhhh ! Merci de ton empathie belle-frangine…
      Alors… Je ne veux pas faire dans le concours, mais la tourista de Belize me semble un peu courte face à une intoxication alimentaire – fièvre et sueur – pissé dessus – vomi dessus, dans un avion survolant l’Atlantique 😁🤮

  2. Ohlalalala
    ça donne pas envie. A la fin de la lecture, je suis épuisé, courbaturé et cela me gratte partout. Au ressenti de cette semaine, aucun plaisir et de la douleur comme lors de ma dernière coloscopie! Eh oui, j’ai eu 50 ans!
    J’espère de meilleures nouvelles! Force et courage!
    Sinon 1) Phytolacca americana (Je crois en avoir en granules homéopathiques
    2) Ils font des prix pour l’aménagement de véhicules pour les gens qui cohabitent avec cette vieille salope!

    1. Tu m’étonnes que ça ne donne pas envie ! Asociaux comme nous sommes, on fait tout pour qu’il y ait le moins de monde possible sur les chemins !
      Quant à la coloscopie… à 52 ans, personne ne m’a encore demandé d’en faire une… Après, les goûts de chacun…

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