Blog de voyages en vélos couchés et à pied
Ce site est un Blog de voyage. Il retrace les périples des Terr’Ailleurs, Pierrot et Béa, à pied ou à vélo, depuis 2013 et la traversée des Amériques à vélo couché du nord des États-Unis au sud de l’Argentine sur 7 mois. On y retrouve tous les écrits, photos et vidéos mis en ligne lors de ces différents voyages. Parfois comique, souvent tragique, toujours pathétique…
Pour mieux connaître les protagonistes, pour mieux comprendre le pourquoi et le comment, je vous invite à lire cette introduction qui reprend les premières pages d’un livre non terminé (et qui ne le sera sans doute jamais étant donné la taille phénoménale du poil que j’ai dans la main)… Or donc, voici ces premières pages :
C’est en 2006 que le réveil a sonné.
– Un réveil ? Sérieux ? Ça fait 10 ans qu’on te demande d’écrire ce bouquin, et la première phrase que tu trouves, c’est une histoire de réveil ?
– Waou ! J’ai à peine commencé que tu es déjà là à me casser les glaouis !
– N’empêche ! Un réveil ? Franchement ! Ah, on n’est pas sur du « Aujourd’hui, Maman est morte. » ni sur du « Longtemps, je me suis couché de bonne heure ».
– Alors… Euh… Et d’une, je ne suis pas écrivain ! Et de deux, finalement, Proust, avec mon réveil, je ne suis pas si loin…
– Nan… Mais fais un peu d’efforts, quoi !
– Bien, c’est noté. Maintenant, si j’ai besoin de critiques bienveillantes et constructives, je me tournerai vers Le Masque et la Plume, ou vers les Inrock. Tu peux retourner à tes fraisiers… Merci…
Bien, bien, bien… Hé Hé… Elle, c’est Béa. Elle est toujours avec moi. Depuis mes 18 ans. Ça fait 33 ans qu’elle est avec moi. Elle est là, dans un coin de ma tête. Elle est là, sur le vélo derrière moi. Elle est là, sur le vélo devant moi. Elle est là, sur le vélo, à côté de moi. Elle est là, à me prendre dans ses bras quand je craque. Elle est là, à m’engueuler quand je baisse les bras. Bref, un boulet cette meuf, pire qu’une mycose.
Normalement, comme j’aime les choses carrées et clairement organisées, il y a un code couleur. Quand c’est moi qu’on entend, on voit du bleu, quand c’est Béa, on voit du noir. Génial, non !? Alors j’ai demandé à l’éditeur de pouvoir écrire en bleu et noir ! Il m’a regardé de façon étrange, puis a fixé des yeux son secrétaire avec un air de reproche, en marmonnant des choses sur les incompétents qui l’entourent, sur des nids de coucou, ou je ne sais quoi… Je n’ai pas tout compris. Toujours est-il qu’il m’a dit que ma proposition était « intéressante », mais « difficilement réalisable », avant de me laisser, parce qu’il avait oublié qu’il avait un rendez-vous important.
Bon, alors, ce n’est pas pour me vanter, mais je suis un genre d’expert pour décrypter le langage corporel et comportemental des gens ! Et là… Et bien, croyez-le si vous voulez, mais j’ai l’impression qu’il n’était pas très chaud pour cette histoire de deux couleurs de texte… Tant pis. Mais, pour vous, cela va être plus difficile à comprendre… Accrochez-vous !
Or donc, c’est en 2006 que le réveil a sonné.
J’étais enseignant à l’époque, et je préparai mon examen de certificat d’aptitude professionnelle pour aider les enfants en difficulté ou en situation de handicap. Je bossai dur. Particulièrement sur mon Mémoire professionnel dont le thème était l’apport du théâtre dans les apprentissages. J’étais crevé. Les stages, la classe, le Mémoire… Crevé, crevé, crevé. Et au printemps, je me suis rendu compte que j’étais vraiment beaucoup trop crevé, et depuis beaucoup trop longtemps, c’était louche. Puis sont arrivées les pertes d’équilibre, les fourmis dans les mains, puis dans les jambes. Docteur, hôpitaux, examens… Rien… Re-docteur, re-hôpitaux, re-examens… Rien… Ah, si ! on dirait qu’il y a une petite démyélinisation, là ! Non ? Visages fermés.
Pourquoi ? Qu’est-ce c’est la démyélinisation ? C’est un nom plutôt rigolo, ça ne doit pas être méchant ! Ah… On ne peut rien me dire ? Il faut voir un neurologue ? Pas cool, ça. Pourquoi ? Rien me dire ? Ah ? D’accord…
Attente… Trop crevé. Je suis obligé de me mettre en arrêt. Mes mains n’ont plus du tout de sensibilité. Je suis quasi incapable d’écrire. Je ne sens plus le chaud ni le froid. Je dois faire attention aux brûlures… Attente… Souffrances… Ponction lombaire… Attente…
Puis, Reims, un soir, juin 2006, le Neurologue.
Asseyez-vous.
Sclérose en plaques
Quoi ?… Sûr ?… Oui, ça va… Non, non, je peux repartir dans les Ardennes en voiture… Pas de problème Docteur… Tout va bien. Tout va bien. Merci. Au revoir.
Allez ! En voiture.
Où je suis là ? Déjà à Rethel ? Tout va bien. Pas si terrible. Tout va bien.
C’est quoi cette vague ? Oh putain ! Ça fonce sur moi ! C’est pas une vague ! C’est un tsunami ! Ça grossit ! Ça grossit ! Ça grossit ! Gare toi bordel ! Ça va te submerger !
Juin 2006, un soir, tard, au bord d’une route ardennaise. Tout ne va pas bien… Plus rien n’ira jamais bien. La SEP est là – que, plus tard, j’appellerai affectueusement « Vieille Salope ». Et elle a amené sa bonne amie la Dépression avec elle.
Je suis submergé. Je suis foutu. Si au moins je pouvais m’arrêter de chialer pour pouvoir rentrer chez moi, me rouler en boule dans mon lit et crever…
◊◊◊
J’ai passé plus de six mois dans le trou. Le Toubib m’a filé quelques « pilules du bonheur », mais j’ai rapidement décidé de m’en passer, n’étant fan, ni des camisoles, ni de la chimie. Béa m’a (sup)porté à bout de bras pendant les six premiers mois extrêmement difficiles. C’est ce qui explique que, désormais, je lui passe ses insolences et ses interventions intempestives sans lui filer une rouste !Toujours est-il que le retour à la vie a été lent, très lent. Et jamais intégral. La dépression, c’est comme la cigarette : Fumeur un jour, Fumeur toujours.Ce qui m’a finalement tiré du bon côté de la barrière, c’est Béa qui l’a imaginé en 2012 !
◊◊◊
De 2006 à 2012, ce furent six années de hauts et de bas, avec toujours, présente au-dessus de mon épaule, cette ombre délétère qui ternissait chaque paysage, qui salissait chaque visage, qui assourdissait chaque rire.
Béa m’emmena pourtant, sac au dos, pour trois semaines à chaque fois, à l’arrache, en mode rando-bivouac, bus de nuit, hôtels de passe – tout ce que j’adore ! – visiter trois endroits magiques. Le Rajasthan en 2007, l’Islande en 2008, et le Vénézuéla en 2009…
Mais l’ombre était toujours là.
« Adieu tristesse. Bonjour tristesse. Tu es inscrite dans les lignes du plafond. Tu es inscrite dans les yeux que j’aime. » Paul Éluard savait.
Alors que faire ?
Se laisser glisser ?
Continuer de faire semblant ? Continuer de faire marrer les autres ?
« Ah ! Ce Pierrot ! Toujours la banane ! Quel joyeux compagnon ! »
Lassitude.
Adieu tristesse. Bonjour tristesse…
Marre…
Tiens… Mon pote Lolo s’est pendu durant cette période… C’était quand déjà ?
Puis Béa est arrivée.
– Oh là ! Halte au feu mon bonhomme ! J’ai une super idée !
– T’es gentille d’essayer Béa, mais là, ça glisse fort…
– T’inquiètes l’athlète ! Mon idée va te filer des crampons meuh meuh ! Voilà ! Tu sais que ça fait à peu près vingt-cinq ans qu’on parle de partir pendant un an pour faire le tour du Monde ! Et que, comme tout le monde, ça fait vingt-cinq ans qu’on se dit : « on n’a pas le budget, la maison n’est pas payée, je ne peux pas quitter mon boulot, et les crédits, et nanani, et nanana… »
– D’accord, mais ne me vends pas du rêve. Le budget, on ne l’a toujours pas…
– Pour un an, non ! Mais si on économise, qu’on mange des patates et qu’on ne part que six ou sept mois, si on se déplace à vélo couché, si on dort dans la tente, et si on divise notre conso d’alcool par deux, on est bon !!!
Bon… Pour être honnête, je n’ai pas tout de suite sauté au plafond. Parce que dans ma tête, c’était un an ou rien. Parce que je suis un peu braque, et que mes idées arrêtées, c’est très difficile de les remettre en route. Parce que le « vélo couché » ? Qu’est-ce que c’est que cette connerie ? Et parce que, surtout, l’idée ne venait pas de moi…
Mais le lendemain ! Oh ! Le lendemain ! Une fois l’idée intégrée, digérée, assimilée, le jour s’est réellement levé sur moi, dissipant les ombres, et apportant quelque chose de tellement plus précieux que des gaités passagères et des plaisirs fugaces : un projet ! Un projet excitant, incertain, dangereux… Un coup de dés qui pourrait tout aussi bien se révéler salutaire que désastreusement néfaste en cas d’échec ! J’adore !
Et pour la première fois depuis six ans, l’échec, je ne l’envisage pas une seconde.
Eh ! Vous les Moires ! Et toi Fatum ! Regardez bien ! Je suis vivant et inarrêtable !
Puis je suis sorti de la chambre comme une furie, bombant le torse et clamant de ma voix fracassante :
« Béa !!! J’ai une super idée !!! On va partir six mois ! »
Voilà, voilà… Si vous voulez en savoir plus, rendez-vous en bas de la page et cliquez sur le bouton menu, puis sur le voyage qui vous intéresse pour lire les extraits qui pourraient vous donner envie de partir, pour vous bidonner un peu, vous distraire, ou simplement constater :
« C’est quand même vrai qu’ils sont cons !… Mais la vache ! Ça grimpe ! »
Et pour suivre le dernier voyage en cours : La Via Francigena !
