25/07/2013 : Idanha
Et bien voilà, le 22 juillet nous dépassons les 1000 kilomètres au compteur et un peu plus tard, nous passons de l’état de Washington à celui de l’Oregon.
Le genou de Béa va mieux depuis plusieurs jours, il suffisait finalement de régler correctement la longueur du pédalier (ouf, mes performances sportives ne sont donc pas mises en cause). Par contre c’est celui de Pierrot qui commence à flancher. Autant dire que le Flector est de sortie.
Un petit détail qu’on a oublié de vous raconter. Le troisième jour, le vélo de Pierrot fait un bruit inhabituel en roulant. On inspecte la bête, mais impossible de voir d’où vient ce bruit de frottement. Finalement, au bout de quelques kilomètres, on se rend compte que ses sacoches frottent sur la chaine. Résultat, il y a maintenant un trou gros comme le pouce dans la sacoche. Ça a même bouffé le sac en tissu qu’il y avait à l’intérieur dans lequel Pierrot range ses sous-vêtements. Ne vous affolez pas, ses slips en mérinos n’ont pas soufferts. Merci à Doudou qui a eu la bonne idée de nous donner un rouleau de gaffer avant de partir, ça nous a bien servi. Toujours est-il que nous, nous n’avons pas besoin d’écureuils bouffeurs de sacoches pour ruiner notre matériel, on y arrive très bien tout seul.
Concernant l’accent américain, ce n’est pas aussi terrible que ce qu’on pensait. Sauf quand on traverse des coins très paumés ou des fermiers tentent de taper la discute, alors là, c’est incompréhensible. Avec le temps, on finit par être un peu plus à l’aise avec la langue. Faut dire qu’on partait de bien bas. Un soir au camping, alors que Béa faisait la vaisselle en sifflotant, une nana arrive et lui demande « How do you do ? » (« Comment allez-vous ? » à ceux pour qui les cours d’anglais sont encore plus loin que les miens). Je ne sais pas si c’est la fatigue de la journée ou les vapeurs de Paic citron, toujours est-il que je lui sors mon habituel « désolée, je ne parle pas bien anglais pouvez-vous parler plus lentement » et l’autre de me répondre « Ah, ok, how … do … you … do ? ». Et là, c’est le trou noir, impossible de savoir si elle veut savoir d’où je viens, ce que j’ai mangé à midi ou l’âge de capitaine. Un grand moment de solitude. Autant dire que je n’ai pas relevé le niveau concernant la réputation des français et les langues étrangères.
Quelques jours après au restau, la serveuse demande si elle peut prendre la commande « the order », et je comprends est-ce qu’on veut de l’eau « the water ». Et moi de lui répondre « non, non, merci ça ira ». J’ai bien vu dans son regard que la réponse n’était pas appropriée. Autant dire qu’il y en a un qui s’est bien foutu de moi.
Finalement, pour palier à nos problèmes de vocabulaire, deux écoles s’affrontent. Celle de Béa qui consiste à mimer, à faire des phrases pour expliquer le concept. C’est comme ça que je me retrouve à la poste à mimer une lettre dans une enveloppe, une fois que la postière m’en donne une, j’essaie désespérément de lui faire dire le mot, et au bout d’une minute elle me répond « ben,… an envelop », « … ???!!!??? ah, ok, comme en français ». On a bien rigolé avec la postière. La méthode de Pierrot consiste à essayer le mot en français en le disant avec un accent anglais. Ça ne marche pas à tous les coups, loin s’en faut. En tout cas pas avec le mot « lessive ». Pour ceux que ça intéresse, on dit « detergent » et non pas « lissaïve ».
Les déboires habituels de Pierrot, dans une descente, je le vois devant moi qui gesticule dans tous les sens en braillant comme un âne. On s’arrête en catastrophe, il s’avère qu’une guêpe s’était subrepticement introduite dans son short. Pour ceux qui connaisse bien Pierrot, jusque-là, tout est normal. Bref, heureusement qu’on avait pris l’aspivenin, a priori, ça marche terrible.
Une petite dédicace pour ta frangine, Olive. Il y a deux Détroit aux USA. A priori, elle a choisi le bon, car dans celui qu’on a croisé, il n’y a que 279 habitants.
Nous nous sommes maintenant habitués à nous laver (ou du moins nous rincer) dans les rivières à 10°C. Mais hier, nous avons testé dans un endroit relativement secos, la douche intégrale avec une gourde de 70 cl. Quand on a monté un col par 38°C, c’est un peu juste.
Je vous jure qu’il ne faut pas fumer à côté de notre tente. L’odeur est pestilentielle. Ça sent la pisse, la sueur et les pieds de Pierrot. Ben oui, étonnamment les miens vont bien en ce moment.
Dernière chose, on a croisé aujourd’hui notre 4ème cyclotouriste qui lui allait vers le nord. On ne peut pas dire que l’on passe des soirées à confronter nos expériences. Ils sont tous en voitures ou en camping-cars.
Les Montées (réflexions, rapport d’expérience et conseils utiles)
Je vais prendre cinq minutes pour vous présenter l’invité surprise de ce voyage : la Montée. En préparant l’itinéraire, à la maison, j’avais bien remarqué que certaines courbes altimétriques étaient assez impressionnantes, mais je ne pensais pas que ces Montées prendraient une telle importance… Nous, on était habitué à grimper, on habite les Crêtes quand même, on a fait une paire de Raids assez montagneux… On les connait les côtes, tu passes plateau du milieu, tu mets un grand pignon, et tu appuies ! Et hop ! Voilà ! En dix minutes c’est torché ! On connaissait même les longues côtes de 5 ou 6 km pour lesquelles il m’arrivait même de passer le petit plateau ! Mais là… Ah non, là… C’est pas la même… Ce ne sont pas des côtes, ce sont des Montées.
Bon, elles sont toutes différentes, elles ont toutes leur charme particulier, leur petit caractère, mais je vais quand même généraliser en parlant de la Montée comme d’une espèce en général. La Montée américaine mesure entre 30 et 50 km, peut atteindre les 3000 m au garrot et pèse de 3 à 9 % (même si certaines espèces mutantes vont jusqu’à 16 %). Elle est toujours composé de deux types de profils : la rampe (sorte de gros faux plat montant d’environ 3 %) et le « coup de cul » (partie très pentue de 7 à 9 %). Il y a trois types de Montées, celles qui commencent par une rampe (2/3) et finissent par un coup de cul (1/3), celles qui font l’inverse (mais en finissant quand même par un mini coup de cul), et les méchantes, les vicieuses, qui commencent par un coup de cul (1/3) enchaînent avec une rampe (1/3) et finissent par un coup de cul encore plus méchant sur le dernier 1/3.
Quand je m’approche d’une Montée, j’ai toujours une petite appréhension, voire limite peur… Il faut savoir que j’avais fortement sous-évalué l’importance du poids des sacoches (une vingtaine de kg) sur un vélo couché (à l’arrière toute !) dans une Montée. Pour vous faire comprendre le malus de difficulté que représente ces sacoches, je vous présenterai quelques éléments de comparaison. Pour mes amis Raideurs (Vtt, sac de 4kg au dos) ma Montée à 8 % équivaut à une 12 % sur terrain sec. Pour les cyclistes carbones et profilés (salut Jojo) mes 8 % en valent 16. Pour mes collègues qui ne comprennent rien au vélo et aux pourcentages de côte, mes 8 % de Montée équivalent à une classe de segpa de 37 élèves. Pour ceux qui ne font pas de vélo et ne sont pas enseignants, 8 % de côte en vélo couché chargé correspondent à des sacs de farine de 150 kg sans diable pour les manipuler. Pour ceux qui ne font pas de vélo, ne sont pas enseignants ni meuniers, les 8 % de Montée correspondent à 12 heures d’écoute de Rosebud, volume à fond, et à jeun ! Si vous ne faites pas de vélo, n’êtes pas enseignant ni meunier et ne connaissez pas Rosebud, je crois que vous vous êtes trompé de site…
Bien, mais les conseils annoncés dans le titre pour surmonter ces incroyables difficultés, me direz-vous ? Même si j’en entends d’autres me dire : « L’aut’con ! Y part six mois en vacances et y vient chialer parce que c’est difficile ! » Ce à quoi je répondrai :
- C’est pas faux…
- Ta gueule, c’est mon blôgue, je dis ce que je veux.
Les conseils, donc, sont les suivants. Laisse ton corps tourner tout seul et ton esprit battre la campagne. Même si ton corps sue, craque, tire, crie, souffre… quand ton esprit est ailleurs, tu ne t’en rends pas compte. Pour l’esprit, tout est bon, laisse le être un peu engourdi par 3 ou 4 km de Montée et il va de sa propre initiative avoir tendance à décorporer. Il va chercher une petite activité (souvent mathématique), convertir les miles en km, les feet en mètres, faire des calculs statistiques, enfin tout ce qui peut le sortir du corps. Par exemple, j’ai passé des km de Montée à déterminer que la plupart du temps la courbe de pourcentage de côte et la courbe de vitesse en km/h se rejoignent sur le chiffre 6 ! Eh oui ! Quand la côte est à 6 %, je suis le plus souvent à 6 km/h… Dingue non !
Mais, en ce qui me concerne, je privilégie plutôt les activités littéraires. Ainsi, j’imagine ce que je vais pouvoir écrire dans le blog, j’imagine la façon dont chacun de vous va pouvoir réagir devant ce que j’écris… Eh oui, je pense à tous les abonnés, oui ! tous (sauf 2 que je peux pas blairer…) pendant les Montées. D’ailleurs, ces pensées qui vous parviennent… d’où croyez-vous qu’elles viennent ? Oui, en ce moment même, je suis en pleine Montée… En ce moment, pendant que vous lisez ces lignes, je suis en train de suer sang et eau… Imaginez-vous, vous êtes avec moi dans la côte… Le corps est loin… Nous sommes ensemble par l’esprit les amis…
Alors oui, dans la Montée, j’oublie mon fucking corps déficient, dans la Montée, j’ai un VTT, un sac à dos, un vélo en carbone, une classe de 37 qui m’encourage, un sac de 150 kg de farine sur le dos, et j’écoute du Rosebud à fond… Bref, dans les Montées, je pense à vous… et c’est pas mal.
Merci de ne pas partir tous en même temps en vacances, ou alors allez dans des cybercafés. Nous aussi on aime bien lire vos commentaires. Ça fait du bien dans les coups de mou.
PS : … challenges, on ne vous le dira pas à chaque fois (deuxième couche pour Manu).












