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Altopascio

Nous passons deux jours de repos à Pontremoli. Encore une très belle ville médiévale nichée au coeur de la montagne entre les deux bras d’une rivière. Son château fort, sa cathédrale, son marché…

On continue la traversée des Apennins Ligures et la descente vers la mer. Le chemin peut parfois être très physique et les descentes sont loin d’être reposantes.

À noter qu’il existe une appli Via Francigena sur laquelle on retrouve un découpage théorique des étapes depuis Canterbury. En général, elles font entre 25 à 32 km par jour. Ce qui est bien trop pour nous. En général, on prend deux étapes « officielles » et on les fait en trois jours. De l’intérêt d’avoir la tente, car dans ces conditions, ce n’est pas forcément facile de trouver un hébergement. 

Depuis quelques jours les problèmes d’ampoules de Pierrot semblent se résoudre. Toutefois, c’est maintenant un état de fatigue generalisé qui semble prendre le dessus. On essaie de trouver des itinéraires alternatifs pour essayer d’avoir le moins de relief possible. De fait hier on a quitté la trace de la Via Francigena pour aller sur la plage (et se baigner pour Pierrot). Mais aujourd’hui, certes il n’y avait pas de relief mais on s’est retrouvé pendant des kilomètres à traverser des zones urbanisées un peu craignos, pour continuer ensuite dans une énorme zone industrielle. On a fini pendant 10 bons kilomètres sur une bande cyclable au bord d’une route hyper passante. Bref, la journée ne fut pas mémorable mais au moins, on a retrouvé la Via Francigena.

Samedi 11h26 

Béa : Tu devrais refaire ta queue de cheval…

Pierrot : Hola ! Calme toi ma douce ! Passé 50 ans, ces choses là ne se commandent pas comme ça !

Le long du parcours on rencontre parfois des Casa del Pellegrino gérées par une association de bénévoles. Ils offrent aux Pélerins l’hospitalité, le couchage mais aussi le repas du soir et le petit déjeuner du lendemain. Chacun donne ce qu’il veut en paiement. Nous arrivons donc à Valpromaro, Stefano et Alberto nous accueillent. Ils sont au petit soin, Stefano fait notre lessive, la pend, replie notre linge, nous prépare à manger et refuse qu’on fasse quoi que ce soit. Ils nous annoncent qu’ils ont eu 11 Pélerins hier, qu’ils en auront 9 demain, mais ce soir, il n’y a que nous qui avons réservé. Oooouuuuh, la bonne nouvelle. On file donc acheter une bouteille de vin pour partager ça avec nos hôtes durant le dîner. Effectivement, ils semblent très contents de cette initiative. À noter que pour la première fois de sa vie, Pierrot mange une salade froide sans que ça ne ressorte par les narines. Elle était excellente et toute bête à faire : haricots blancs, thon, oignons rouges, croûtons avec du pain de la veille, huile olive, sel, poivre, herbes aromatiques du jardin. L’ambiance est très détendue et du coup, Stefano nous sort le grand jeu avec le parmesan maison fait par le copain, le saucisson des grandes occasions, un pichet de vin rouge. Mis en confiance, Pierrot en profite pour relever le challenge d’Alban consistant à raconter en italien la blague suivante (je vous la traduit pour plus de compréhension) :

 – Connais tu la différence entre une Ferrari et une pute morte ?

 – Nooooon ….

 – Je n’ai pas de Ferrari dans mon garage.

Je vous laisse apprécier la réaction de nos hôtes.

Toujours est il qu’après avoir supplié Pierrot d’arrêter de raconter des histoires drôles, Stefano s’est alors essayé a nous traduire en anglais des blagues italiennes. Autant dire que notre réaction ressemblait étrangement à la leur. Nous avons passé un très très chouette moment à refaire le monde, aidés en fin de soirée par une bouteille de limoncello pour aider à la compréhension.

Nous arrivons à Lucca. Très belle ville mais clairement la plus touristique depuis le début du voyage, avec des petits groupes de petits vieux qui suivent leur guide et leur petit drapeau de couleur pour ne pas perdre ses ouailles. Ça parle anglais, allemand, français, ça se bouscule. Mouais, pas trop notre truc. Initialement, nous avions réservé un petit appartement pour trois nuits à un prix défiant toute concurrence. Il s’avère que finalement, il s’agissait d’une simple chambre en sous sol, avec juste une bouilloire et un petit frigo. C’est pas gagné pour faire des patates sautées. Chambre hyper humide puisque nous n’arriverons pas à y faire sécher nos chaussettes soigneusement lavées à la main.

Mardi 8h12 sur le matelas en mousse 

Béa : Oh non ! J’ai mon cul coincé dans un trou du matelas !

Pierrot : C’est mieux que d’avoir un matelas coincé dans le trou du cul…

 Le bon plan s’avère ressembler plutôt à une arnaque que Pierrot a eu bien du mal à digérer. Autant dire que la proprio ne s’est pas trop attardée pour faire la conversation. Du coup, nous écourtons le séjour à Lucca, quittons l’agglomération en louant des vélos électriques et nous ferons notre stop de 2 jours à Altopascio, l’étape suivante, beaucoup moins touristique, et donc beaucoup moins chère.

 

Ciao i mangiatori di lumache !

Aujourd’hui, une petite resucée médiévale des derniers jours de notre périple…

La Chronique des Égarés : Le Pas des Apennins et la Sorcière de la Plaine

Le vent des hauteurs n’a cure des dévotions. Il siffle une chanson rance entre les dents de roche des Apennins Ligures, là où la terre se retrousse comme la lèvre d’un molosse en colère. C’est là, dans cette solitude de calcaire et de nuées basses, que s’enfonçaient deux silhouettes harassées, deux pauvres hères se réclamant de la milice céleste, bien que leur prestance dût plus à la fange qu’à la gloire des autels.

Pierre, que les mauvaises langues d’outre-monts nommaient le Fêlé pour la singulière friture qui grésillait sous son crâne, menait la marche. À ses côtés, ou plutôt d’un demi-pas derrière, trottait Béatrix, dite aux Grands Pieds, non par moquerie, mais par une de ces cruelles vérités anatomiques que le chemin met à nu.

Leur pèlerinage sur la Via Francigena n’était plus qu’une longue plainte.

— Par le sang du Martyr, souffla Béatrix, la voix frottée au gravier des sentiers. Mes chausses ne contiennent plus des pieds, Pierre. Ce sont des braises. Deux morceaux de viande flétrie que l’on torture à chaque ruisseau. Si Dieu aime tant ses soldats, pourquoi leur a-t-il donné des membres de terre cuite pour marcher sur son enclume ?

Pierre ne se retourna pas. Son regard flottait quelque part au-delà de la ligne de crête, là où les nuages s’effilochaient comme de la laine sale.

— Réjouis-toi, ma mie, répondit-il d’un ton badin qui jurait avec la noirceur du ciel. Plus la chair souffre, plus l’âme s’allège. À ce rythme, avant Lucca, tu voleras comme l’archange. Tu n’auras même plus besoin de souliers, ce qui fera une fière économie pour notre bourse spirituelle.

Béatrix grogna, un juron bien peu chrétien mourant dans sa gorge. La traversée des cols ligures fut un calvaire de vent debout, de dalles glissantes et de brouillard à couper au coutelas. Ils y laissèrent le peu de dignité qui leur restait, écorchés par les ronces, rincés par une pluie fine et pénétrante qui sentait le sel et la vieille roche.

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La délivrance prit la forme d’une masure basse, tapie au creux d’un vallon où l’air redevenait respirable. Deux fiers rustauds, larges d’épaules et l’œil lourd comme des bœufs de labour, les accueillirent sans poser de questions, partageant la miche de pain gris et un reste de soupe aux choux qui embaumait le lard.

C’eût été un havre parfait si Pierre n’avait pas ouvert la bouche.

— C’est une bien noble pitance, messires, fit le Fêlé en touillant son écuelle avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles. Si fine qu’on jurerait que le chou a été cueilli un soir de pleine lune par des vierges effarouchées. Dites-moi, le lard provient-il du cochon qui a refusé d’entrer dans l’arche de Noé, ou est-ce simplement son cousin germain qui a séché trop longtemps sous vos aisselles ?

Les deux paysans s’arrêtèrent net, la cuillère à mi-chemin de la bouche. Ils se dévisagèrent, le front plissé par un effort d’intellect visible, cherchant l’outrage ou le miracle dans les paroles de l’étranger. Le silence s’étira, lourd, seulement troublé par le crépitement du foyer. Béatrix ferma les yeux, maudissant intérieurement l’esprit trop agile de son compagnon.

— Le lard est de notre bête, finit par grogner le plus vieux, la voix sourde. Tu la manges ou tu la laisses, le fou.

— Laisse, laisse, intervint précipitamment Béatrix en écrasant discrètement le pied de Pierre sous la table. Il a la fièvre des sommets. Sa langue court plus vite que ses jambes, bien qu’il n’ait plus de peau sur les talons.

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Le pire restait à venir. Le chemin les jeta bientôt dans les faubourgs de Lucca, cité ceinte de murailles massives qui semblaient étouffer la plaine. C’est là, sous l’ombre portée des briques rouges, qu’ils firent la rencontre de la Vieille.

Elle se tenait au détour d’une ruelle borgne, drapée dans des haillons de soie décolorée, les yeux brillants d’une lueur de marécage. La Sorcière de Lucca. Elle leur promit le repos, un baume pour les pieds endoloris de Béatrix, et des paroles de sagesse pour le crâne fêlé de Pierre.

Ils la suivirent, par simple lassitude. Ce fut leur tort.

La trappe se referma derrière eux dans un claquement de ferraille qui fit trembler les murs. Ils se retrouvèrent projetés dans un souterrain fétide, où l’eau suintait des voûtes basses en un goutte-à-goutte entêtant. L’air y était si épais qu’il collait aux poumons. Aux murs, des fers rouillés attendaient d’autres pèlerins trop crédules.

— Ah, la bonne auberge ! s’exclama Pierre dans les ténèbres, sa voix résonnant contre la pierre humide. L’accueil est un peu frais, et le couchage manque de paille, mais avoue, Béatrix, que la maîtresse des lieux a le sens de l’intimité.

— Tais-toi, Pierre, par tous les saints, tais-toi ! s’emporta Béatrix, cherchant déjà une issue dans l’obscurité. Ses grands pieds, malgré la douleur, trouvaient des appuis dans le mortier effrité des murs. Elle rua de toute sa force contre une grille vermoulue qui menait aux égouts de la ville. Le bois céda dans un craquement sinistre. 

— Par ici !

Ils rampèrent dans la fange, guidés par un faible filet d’air frais, tandis que derrière eux, les hurlements de rage de la sorcière résonnaient sous les voûtes, promettant mille tourments à leurs âmes de soldats de Dieu.

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Ils émergèrent hors des murs, hagards, crottés de la tête aux pieds, mais libres. Sans un regard en arrière, ils reprirent leur sainte dérive, fuyant la maudite cité à grandes enjambées douloureuses.

Le soleil se levait à peine lorsque les contours massifs de l’hospice d’Altopascio se dessinèrent enfin à l’horizon. La Tau des chevaliers les y attendait, promesse d’un bouillon chaud, d’un lit propre et, peut-être, d’un peu de silence.

Pierre regarda le clocher lointain, puis se tourna vers sa compagne dont les pas laissaient de légères traces rosées sur la poussière du chemin.

— Tu vois, Béatrix ? Altopascio nous tend les bras. On dit que les moines y ont un chaudron si grand qu’on pourrait y faire cuire tes deux pieds en même temps. Ne serait-ce pas là le paradis ?

Béatrix ne répondit rien. Elle resserra sa pèlerine, esquissa un sourire las et continua d’avancer. Le chemin était encore long jusqu’à Rome, mais pour aujourd’hui, le Fêlé et la Boiteuse avaient trompé la mort.

 

Le jeu du Kikoralticheurttrouwé

Les soluces :

 1. La plante était le fruit de l’oranger des osages (qui n’est pas du tout un agrume), arbre ornemental venant d’Amérique.

 2. Les expressions récurrentes :

2.a En 2021, quand l’un posait une question, l’autre répondait :

 – Je ne sais pas (voix grave, virile et mystérieuse)

Ce à quoi le premier répondait à son tour :

 – Menteur ! (Voix féminine et aristocratique à l’outrance )

Ça vient d’où ? Réponse en vidéo

2.b Cette année, le leitmotiv vient d’une chanson de Thomas Fersen (que, d’après Béa, je sublime quand je l’interprète à la guitare) : 2 pieds.

Dernier couplet :

Je suis pas là pour déplacer les meubles !

 

Les nouvelles devinettes :

 1. À quoi sert cette ficelle à gigot accrochée dans la douche ?

 2. Dans notre gîte de Pontremoli que ne pouvait-on PAS trouver :

 a. un grille pain 

 b. un four à micro-ondes 

 c. une bouilloire électrique 

 d. de fortes odeurs d’égout 

 

 3. Dans notre gîte de Pontremoli, il y avait toutes ces merveilles sauf une. Laquelle ?

 4. Au vu de ces photos, à côté de quelle ville est-on passé ?

 5. Un modèle de voiture est ultra présent en Italie. Nous avions l’impression d’en voir partout ; j’ai vérifié en comptant 100 voitures, 2 fois, à une semaine d’intervalle. La première fois, j’ai compté 15% de ce modèle. La seconde fois, 19%. À votre avis de quelle voiture s’agit-il ?

Challenges :

Alban : voir la vidéo ci dessus

Madeleine et Suzanne : on continue votre challenge très régulièrement en revenant quand même sur des saveurs plus académiques comme chocolat noisettes. Un classique…

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6 commentaires sur “Altopascio”

  1. Salut vous deux
    Heureux de voir que l’ambiance s’est améliorée depuis le dernier post. L’ampoule au bout de l’orteil est tout simplement sublime, contrairement à la blague de la pute. Bon allez c’est patou mais y a des devinettes…
    1)y avait la même ficelle dans la douche en Bulgarie. J’ai tiré dessus et du coup je pense que ça a rétréci la longueur de la votre.
    2) la machine à café
    3) carrare
    4) la Fiat panda 34
    La biz

  2. En forme Pierrot ! Peut-être inspiré grâce à l ampoule au pied ? Ça a du bon…
    On dirait le début d une saga en 12 tomes qui rend riche et célèbre (facultativement).
    La version roman photo n est pas mal non plus. J aime bien l épisode rue Sarasate.
    Les réponses ont été données.
    Peut-être un point à gratter avec la ficelle mais je ne sais pas.
    Je tente : faire couler l eau 🙄
    Hâte de lire la suite des aventures de nos 2 héros. Surtout ne crève pas l 💡
    Biz à vous 2, portez vous bien en mangeant un peu de fruits et légumes de temps en temps ☺️😘

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